Analyse des négociations entre les États-Unis et la Russie : l’encerclement énergétique de Trump et les limites géopolitiques de Poutine
Les atouts économiques de Trump : l’énergie, une arme de choix
Lors des négociations sur les droits de douane menées par Trump avec les principaux importateurs de pétrole que sont l’Europe, le Japon et la Corée du Sud, seules deux mesures ont été concrétisées : l’ajustement des taux de droits de douane et l’obligation pour ces pays d’acheter de l’énergie américaine. Les accords d’investissement, qui se chiffrent souvent en centaines de milliards de dollars, ne sont pour l’essentiel que de la poudre aux yeux et n’ont pratiquement aucune force contraignante.
L’énergie est la seule carte économique efficace dont dispose Trump. En contraignant ses alliés à acheter du pétrole et du gaz américains, il parvient à la fois à contenir l’inflation nationale et à s’emparer directement du marché énergétique russe. À l’exception de la Chine, la quasi-totalité des principaux importateurs de pétrole ont désormais signé un accord avec les États-Unis, et Trump est en train de tisser un filet d’encerclement énergétique contre la Russie.
La prochaine étape consiste à s’attaquer aux pays exportateurs de pétrole. Actuellement, les États-Unis et l’OPEP augmentent leur production à tout va ; si la Russie reste sous le coup de sanctions, ses parts de marché seront rapidement accaparées. Récemment, il n’a même pas épargné le Venezuela, où il prévoit de déployer trois destroyers Aegis, clairement pour s’attaquer au potentiel pétrolier du pays et à la « Belt and Road Initiative ».
Depuis le jour où Trump a échappé à un attentat, j’ai dit qu’il pousserait certainement Poutine à négocier en jouant sur les deux fronts du pétrole et des finances ; c’est bien la stratégie qu’il suit aujourd’hui. Si la Russie perdait les marchés énergétiques européens et indiens, elle ne pourrait plus compter que sur la Chine à l’avenir, ce qui est tout simplement inacceptable pour une nation qui a maintenu l’équilibre des grandes puissances pendant des siècles.
Historiquement, la Russie n’a jamais mis tous ses œufs dans le même panier ; le fait que l’Union soviétique ait fait confiance aux États-Unis a conduit à sa dissolution. Poutine souhaite aujourd’hui, avant de quitter ses fonctions, laisser à son successeur un environnement géopolitique sûr et une base économique stable.
La ligne rouge géopolitique de Poutine : les quatre provinces de l’est de l’Ukraine constituent une ligne rouge non négociable
Sur le plan géopolitique, Poutine a fait ses calculs : la Syrie peut être perdue, mais les quatre provinces de l’est de l’Ukraine ne doivent en aucun cas l’être.
Pour la Russie, conserver ces quatre provinces est indispensable pour préserver la mer Noire. Tant que la mer Noire est sous son contrôle, la Russie peut tenir la Turquie en échec et exercer une influence indirecte sur le Moyen-Orient. Si elle perdait l’est de l’Ukraine, les portes de la mer Noire s’ouvriraient en grand et le point de départ des trois voies d’accès de la Russie vers le Moyen-Orient – le corridor mer Noire-Méditerranée, le corridor du Caucase et le corridor Asie centrale-mer Caspienne – disparaîtrait. Non seulement l’influence russe au Moyen-Orient serait perdue, mais la sécurité de la mer Caspienne et de l’Asie centrale serait également compromise.
C’est précisément ce point faible que Trump a récemment exploité en ne cessant de semer le trouble dans la région du Caucase.
Si la Russie souhaite contrôler le Moyen-Orient, ce n’est pas seulement pour des raisons géopolitiques, mais surtout pour s’assurer le pouvoir de fixation des prix de l’énergie. Sans cette influence sur le marché énergétique, la Russie ne pourra jamais passer d’une économie de guerre à un modèle de développement normal. Aujourd’hui, la stratégie de la Russie est très claire : préserver le marché indien, apaiser ses relations avec l’Europe, tout en renforçant sa coopération avec la Chine.
À première vue, Trump semble tirer tous les avantages sur le plan économique, mais la Russie détient un avantage absolu sur le front militaire. Le principal atout de Poutine réside dans l’avancée constante de ses lignes de front et le soutien stratégique de l’Orient, ce que Trump ne peut pas ébranler par de simples pressions économiques.