Quand on parle d’IA, il ne faut pas toujours brandir la révolution industrielle comme excuse
Chaque fois que l’on aborde la question de savoir si l’IA va nous faire perdre notre emploi, il y a toujours quelqu’un pour rétorquer : « N’était-ce pas la même chose lors des trois premières révolutions industrielles ? Les anciens emplois ont disparu, mais de nouveaux ont naturellement émergé, alors pas besoin de s’inquiéter pour rien. »
Ceux qui tiennent ce discours sont soit malveillants, soit stupides. Ils omettent délibérément de mentionner combien de personnes ont péri pendant les phases de transition des trois premières révolutions industrielles, combien d’années ont duré l’expansion coloniale, et combien de personnes ont perdu la vie pendant la Première et la Seconde Guerre mondiale. Pour ceux qui vivront dans plusieurs siècles, quelques décennies ne seront qu’une ligne dans un livre d’histoire, mais pour ceux qui ont vécu à cette époque, cela a représenté une vie entière de bouleversements.
Nous sommes aujourd’hui à l’aube de la révolution de l’IA ; nous ne sommes plus de simples spectateurs, mais des acteurs à part entière. Cessez de vous référer sans cesse à l’expérience historique. Si l’on s’en tenait strictement à l’histoire, la Chine serait puissante depuis cinq mille ans. Devrions-nous donc nous reposer sur nos lauriers pour continuer à gagner ? C’est manifestement impossible. Sur quelle base peut-on alors affirmer que, si la révolution industrielle a créé de nouveaux emplois, la révolution de l’IA suivra forcément le même chemin ?
Il faut également préciser un point : la course à l’IA est aujourd’hui le champ de bataille central du jeu de pouvoir entre la Chine et les États-Unis. L’IA présente certes divers problèmes, mais si nous perdons cette course, les problèmes auxquels nous serons confrontés ne feront que s’aggraver. La roue du progrès technologique ne s’arrête pas ; il ne sert à rien d’esquiver les problèmes, mieux vaut comprendre clairement ce qui va se passer.
Ce qui est le plus effrayant dans l’IA, ce n’est pas sa capacité d’apprentissage, mais sa capacité d’assimilation
Tout le monde parle aujourd’hui de la puissance de la capacité d’apprentissage de l’IA : en quelques mois, elle peut assimiler le programme d’études de plusieurs décennies pour un être humain. Qu’il s’agisse de droit, de finance ou de médecine, dès lors qu’il s’agit de disciplines reposant sur l’expérience, l’IA apprend très rapidement. Mais ce n’est pas ce qu’il y a de plus effrayant.
Si l’on compare véritablement l’efficacité d’apprentissage, l’être humain surpasse largement l’IA. Il suffit à l’homme de manger quelques petits pains pour travailler toute une journée. À l’époque du programme « Deux bombes, un satellite », les scientifiques ont réussi à mettre au point des technologies de pointe alors qu’ils avaient le ventre vide. Le cerveau humain ne consomme que 20 à 30 % de l’énergie du corps, mais il est capable d’accomplir tant de tâches complexes. Qu’en est-il de l’IA actuelle ? Il faut empiler d’innombrables serveurs, consommer d’énormes quantités d’électricité, alimenter le système avec des données sans fin. Si l’on veut vraiment qu’elle soit capable de tirer des conclusions par analogie comme le fait l’homme, le coût serait inimaginable.
Ce qui est vraiment effrayant avec l’IA, c’est sa capacité à se reproduire. Une fois qu’un modèle est entraîné, il suffit de copier ses paramètres et de l’installer sur autant de serveurs que l’on veut pour qu’il fonctionne, et les itérations sont extrêmement rapides. Il faut vingt ou trente ans à l’humanité pour former un ingénieur expérimenté, tandis que l’IA peut reproduire dix millions de capacités de même niveau en quelques minutes. C’est cette différence d’efficacité dans la transmission intergénérationnelle qui constitue le choc le plus fondamental pour la société humaine.