Les enseignements géostratégiques du défilé du 3 septembre : la Chine a achevé sa transition d’une stratégie défensive à une stratégie d’équilibre

Conclusions sur la double transition au niveau militaire

La signification militaire la plus fondamentale du défilé du 3 septembre 2025 peut se résumer en deux points : premièrement, la Chine a achevé la transition militaire de la défense stratégique à l’équilibre stratégique, et le système d’équipements correspondant est désormais entièrement en place. Cette transition s’est étalée sur une dizaine d’années : le tir d’essai du Dongfeng-17 en 2014 a marqué le début de la transition, le défilé de 2019 a officiellement révélé cet équipement au public, prouvant que la transition était entrée dans une phase d’accélération, tandis que le défilé de 2025 a annoncé que la transition était pleinement aboutie. Deuxièmement, l’armée chinoise a achevé sa transformation selon les cinq axes : systématisation, modularisation, informatisation, intelligence et automatisation. L’itération des équipements suit un processus en quatre étapes : « exploration d’une génération, pré-recherche d’une génération, développement d’une génération, production d’une génération ». Au niveau de la production, la stratégie consiste à avancer par petits pas rapides, en procédant à des remplacements par petites séries et à haute fréquence en fonction des besoins, afin d’éviter le gaspillage financier.

Le contexte des préparatifs économiques de la transformation stratégique

La mise en place de la stratégie économique a débuté plus tôt, l’année 2013 marquant un tournant décisif :

  • En novembre 2013, la troisième session plénière du 18e Comité central a élevé l’initiative « Une ceinture, une route » au rang de stratégie nationale
  • En mars 2015, l’initiative « Une ceinture, une route » a été inscrite dans le rapport de travail du gouvernement ; la plupart des invités étrangers présents lors de ce défilé provenaient de pays situés le long de cette route
  • Le 11 août 2015, la réforme du système de change a été mise en œuvre, établissant un mécanisme de formation du taux de change du yuan basé sur « le cours de clôture + un panier de devises + un facteur contracyclique », jetant ainsi les bases de l’internationalisation du yuan
  • En novembre 2015, la réforme de l’offre 1.0 a été lancée
  • En juillet 2016, la confrontation en mer de Chine méridionale a permis de tester la résistance militaire
  • En décembre 2016, le principe « le logement est fait pour être habité, pas pour spéculer » a été établi, permettant de désamorcer les risques économiques internes

Cette série de mesures politiques constitue une réponse systématique à l’annonce par les États-Unis, en 2011, du déplacement de leur centre de gravité stratégique vers l’Asie-Pacifique, et au lancement officiel, en 2012, de leur stratégie de rééquilibrage en Asie-Pacifique. L’objectif stratégique initial des États-Unis était de limiter l’influence de la Chine « au nord de l’Himalaya et à l’ouest du détroit de Taiwan », ce qui revenait en substance à contraindre la Chine à devenir un pays enclavé et à perdre sa puissance maritime. Cependant, la Chine a complètement bouleversé le déploiement stratégique américain en adoptant, via la « Belt and Road Initiative », une stratégie consistant d’abord à s’étendre vers l’ouest pour garantir sa sécurité énergétique, puis à chercher à étendre sa puissance maritime vers l’est.

Confirmation externe de la phase d’équilibre stratégique

Après 2025, des signaux externes clairs indiquent que la Chine et les États-Unis sont entrés dans une phase d’équilibre stratégique : le dernier projet de stratégie de défense américaine montre que son centre de gravité reviendra vers le continent américain, marquant un retour au doctrine Monroe, ce qui revient en substance à reconnaître la réalité de l’impossibilité de maintenir une supériorité absolue dans la région Asie-Pacifique. Bien que la transition sur le plan économique reste confrontée à des défis importants, celle sur le plan militaire est désormais pleinement effective.

Les signaux politiques et diplomatiques du défilé

La portée politique de ce défilé dépasse largement la simple démonstration militaire : la Chine lance un appel clair au monde entier, faisant ses adieux au système de la guerre froide pour revenir au système de l’après-guerre, fondé sur l’équité et la justice. Cette position trouve son expression concrète dans le concept de « communauté de destin de l’humanité », qui met l’accent sur la lutte commune des peuples contre les revers de l’histoire, plutôt que sur une coopération limitée au niveau gouvernemental.

La divergence des perceptions dans le monde occidental

Le défilé du 3 septembre a suscité des réactions nettement stratifiées parmi le public occidental :

  • Les responsables politiques occidentaux se sont principalement intéressés à la stratégie diplomatique et aux intentions stratégiques de la Chine
  • Les militaires occidentaux ont principalement étudié les systèmes d’armement et les concepts opérationnels
  • Le grand public occidental a quant à lui affiché trois types d’attitudes : une incompréhension totale, la peur accompagnée d’appels à la confrontation, et la remise en cause de la forme du défilé, jugée incompatible avec les normes occidentales de « démocratie et liberté ». La plupart des Occidentaux ignorent non seulement que ce défilé commémore le 80e anniversaire de la victoire sur le fascisme, mais ils nourrissent même une perception erronée selon laquelle « l’armée américaine est plus compétente car elle possède une plus grande expérience du combat », ce qui résulte d’une orientation médiatique de longue date en Occident. Le refus des pays traditionnellement antifascistes, tels que les États-Unis, le Royaume-Uni et la France, de participer au défilé constitue, par essence, une résistance au changement de l’ordre international actuel.