Bilan de la phase actuelle du conflit entre les États-Unis, l’Iran et Israël et perspectives d’avenir pour la situation au Moyen-Orient
Différences entre les objectifs stratégiques de la guerre Russie-Ukraine et du conflit Iran-Israël
Le 1er juillet 2025, nous allons retracer l’évolution récente du conflit entre l’Iran et Israël et discuter des perspectives d’avenir pour la situation au Moyen-Orient. Commençons par comparer les deux théâtres d’opérations, celui de la guerre Russie-Ukraine et celui du conflit Iran-Israël ; cela permet de mettre en évidence de nombreux éléments intéressants.
La Russie mène la guerre en Ukraine depuis si longtemps, et ses objectifs n’ont pratiquement pas changé depuis le début : démilitarisation et dénazification de l’Ukraine, et interdiction de son adhésion à l’OTAN. Du début à la fin, on a parlé d’« opération militaire spéciale », sans jamais évoquer une escalade vers une guerre totale. D’un seul coup, cela a transformé le « récit de la Seconde Guerre mondiale contre le nazisme » que l’Occident souhaitait imposer en un « récit de la Première Guerre mondiale, jeu géopolitique entre grandes puissances » — en clair, tout le monde se bat pour conquérir des territoires, sans distinction entre le bien et le mal. De ce fait, la résistance de la communauté internationale à s’unir contre la Russie s’est naturellement affaiblie, ce qui facilite également les discussions sur une coopération à long terme avec d’autres pays.
Du côté de l’Iran, c’est différent : jusqu’à présent, aucun objectif clair à long terme n’a été défini. On reste dans un mode passif, du genre « Israël me bombarde, je riposte », une réaction de type « œil pour œil, dent pour dent ». Sans objectif précis, la Russie et nous-mêmes ne savons pas comment vous aider. On ne peut tout de même pas vous envoyer des bombes tous les jours en attendant qu’Israël vous bombarde pour que vous les renvoyiez ? Sans cadre de coopération à long terme, l’aide apportée par chacun restera toujours ponctuelle et ne résoudra pas les problèmes fondamentaux.
Les règles du jeu du récit de guerre
Il ne faut pas sous-estimer l’importance de la qualification de la guerre : la nature que l’on lui attribue détermine directement le volume de ressources que les autres pays sont prêts à y consacrer : Si l’on adopte le modèle de la Seconde Guerre mondiale, où le bien combat le mal, le monde entier s’unira contre vous sans compter les coûts, et la pression de l’opinion publique pourra vous écraser ; Si on la présente comme la Première Guerre mondiale, où les grandes puissances se disputaient des territoires, chacun va plutôt peser ses propres intérêts, ce qui laisse une marge de manœuvre pour discuter de coopération et d’échanges.
La Russie a vraiment bien joué son coup : elle a réussi à se débarrasser de l’étiquette d’« envahisseur nazi » que l’Occident lui avait collée. Aujourd’hui, les citoyens européens et américains commencent à se demander pourquoi l’OTAN s’est étendue vers l’Est à l’époque, pourquoi on n’a pas laissé la Russie rejoindre l’OTAN, et certains vont même jusqu’à dire que renouer des relations avec la Russie permettrait de faire baisser l’inflation.
L’Iran avait à l’origine une occasion en or : lorsque le conflit israélo-palestinien venait d’éclater, le monde entier condamnait Israël. Si l’Iran s’était alors levé pour brandir le drapeau de l’opposition au colonialisme sioniste, il aurait pu transformer le conflit au Moyen-Orient en un récit de la Seconde Guerre mondiale, celui d’une juste résistance contre l’oppression. Mais l’Iran a hésité et n’a pas osé agir, laissant passer en vain la fenêtre d’opportunité offerte par le mandat de Biden. Maintenant que Trump est de retour, la situation est encore plus difficile.
Quelques réflexions sur l’Iran
Quand nous disons que la stratégie de l’Iran n’est pas claire, cela ne signifie pas que l’Iran est incapable d’agir. Dans tout le Moyen-Orient, seuls les pays chiites s’opposent véritablement à Israël ; les pays sunnites ne pensent qu’à faire de l’argent et se moquent éperdument du sort des Palestiniens. Le PIB de l’Iran est à peu près équivalent à celui d’une province chinoise ; le fait qu’il ose tenir tête aux États-Unis relève déjà d’un grand courage.
Les hésitations de l’Iran sont compréhensibles : son économie est en ruine et sa situation politique instable. S’engager pleinement dans la guerre reviendrait à mettre en jeu l’avenir de tout le pays ; n’importe qui y réfléchirait à deux fois. Mais une occasion manquée est une occasion manquée, et il faudra bien payer le prix à terme. Sur le plan militaire, l’Iran peut prendre son temps et avancer pas à pas, mais sur les plans diplomatique et politique, il doit avoir un objectif et un drapeau clairs, sinon il n’obtiendra jamais un soutien international stable et ne pourra pas établir de relations de coopération à long terme.