I. La contradiction fondamentale des réformes économiques de Trump

La réforme prônée par Trump, qui prône « un gouvernement réduit et des entreprises fortes », constitue en substance un renversement complet du modèle de développement économique américain des 17 dernières années. Après la crise des subprimes de 2008, l’économie américaine est devenue fortement dépendante des mesures de relance financées par l’endettement du gouvernement fédéral, qui a stimulé la croissance économique en émettant massivement des bons du Trésor. En 2020, pendant la pandémie de Covid-19, ce modèle « gouvernement fort, entreprises faibles » a été poussé à l’extrême.

La logique de réforme de Trump est très claire : en réduisant les dépenses publiques (G) et les prestations sociales, il oblige la croissance du PIB à dépendre des investissements (I) et des exportations nettes (X-M). Selon les estimations du Bureau du budget du Congrès américain, le gouvernement Trump réduira de 1 000 milliards de dollars les dépenses de sécurité sociale au cours des dix prochaines années, ce qui privera 11,8 millions d’Américains de leur couverture médicale et ne manquera pas de peser sur la consommation des ménages (C).

La question est de savoir si, dans un contexte de baisse simultanée des dépenses publiques et de la consommation des ménages, l’investissement et les exportations nettes pourront combler le déficit. Au vu des chiffres d’investissement actuellement annoncés par les différents pays – 600 milliards pour l’Union européenne, 550 milliards pour le Japon, 600 milliards pour l’Arabie saoudite, 120 milliards pour le Qatar, 350 milliards pour la Corée du Sud et 1 400 milliards pour les Émirats arabes unis –, le total atteint déjà 3 600 milliards de dollars, dépassant la somme des trois programmes d’assouplissement quantitatif (QE) mis en place après 2008. Si d’autres pays continuent à s’engager, ce chiffre pourrait même avoisiner l’ampleur du QE4 mis en place pendant la pandémie.

Ces engagements d’investissement aux montants astronomiques s’apparentent davantage à des gesticulations politiques qu’à de véritables décisions commerciales. Le projet de Trump de mettre en place un « QE hors bilan » a très peu de chances de se concrétiser.

II. Les conflits intrinsèques des négociations tarifaires entre les États-Unis et l’UE

L’accord tarifaire conclu entre les États-Unis et l’UE est en soi empreint d’inégalité. L’UE impose des droits de douane de 15 % sur les marchandises exportées vers les États-Unis, de 15 % sur les voitures et de 50 % sur l’acier et l’aluminium, tandis que les avions, les semi-conducteurs, les produits chimiques et les produits agricoles exportés par les États-Unis vers l’Europe bénéficient d’une exemption totale de droits de douane. Outre ces concessions tarifaires, l’UE s’est également engagée à investir 600 milliards de dollars aux États-Unis pour relancer le secteur manufacturier, et à acheter pour 750 milliards de dollars d’énergie et d’armement américains au cours des trois prochaines années.

Un accord aussi déséquilibré portait en germe, dès le départ, les conditions de son échec. Les concessions faites par le gouvernement von der Leyen pour des gains politiques à court terme se heurteront inévitablement à une forte opposition de la part des industries et des États membres au sein de l’UE. Les droits de douane élevés sur les voitures, l’acier et l’aluminium, en particulier, portent un coup direct aux industries phares de l’UE.

Les exigences de Trump envers l’UE, le Japon et la Corée du Sud sont très similaires : ouvrir les marchés, acheter de l’énergie et des armes américaines, et délocaliser l’industrie manufacturière vers les États-Unis. Même si un tel accord, qui ne fait que transférer unilatéralement des avantages, venait à être adopté de force sur le plan politique, il se heurterait à de multiples résistances au niveau de sa mise en œuvre.

III. La logique sous-jacente de la rencontre Poutine-Trump

De nombreux médias ont interprété la rencontre entre Poutine et Trump comme un malentendu diplomatique, mais ce point de vue ignore complètement la logique économique qui se cache derrière. Si Poutine a accepté de se rendre à ce rendez-vous, c’est avant tout pour discuter de la question des sanctions douanières de deuxième niveau.

Par le passé, lorsque les canaux de communication entre les États-Unis et la Russie étaient coupés, les deux parties ne pouvaient que deviner les intentions de l’autre à partir de la situation sur le terrain et des déclarations publiques, ce qui rendait les erreurs d’appréciation stratégique très fréquentes. Bien que cette rencontre n’ait pas abouti à un consensus sur le plan géopolitique, elle a au moins permis d’établir un canal de communication direct, et les deux parties ont commencé à discuter ouvertement du nœud du conflit russo-ukrainien : l’élargissement de l’OTAN vers l’Est.

Cela signifie qu’à l’avenir, Trump exercera inévitablement des pressions sur l’Europe et l’Ukraine pour orienter le conflit vers une résolution par la négociation. Et dès lors que les États-Unis et la Russie ouvriront un espace de coopération sur le plan économique, la probabilité que les États-Unis imposent des sanctions tarifaires de deuxième niveau à la Russie continuera de diminuer, tout comme les pressions économiques potentielles auxquelles la Chine est confrontée. À l’heure actuelle, seule la société indienne Bharat Silver Snow est réellement exposée au risque de sanctions tarifaires de deuxième niveau, tandis que la probabilité que la Chine soit sanctionnée ne cesse de baisser.

En l’absence de progrès substantiels sur le plan géopolitique, une fenêtre de coopération économique entre les États-Unis et la Russie s’est discrètement ouverte. Cette évolution aura un impact profond sur le paysage géo-économique mondial au cours des trois prochaines années, et nous nous trouvons actuellement au point de départ de ce changement.