La nature du système politique américain : la politique de l’argent et la dépendance à l’expansion

L’histoire du développement des États-Unis montre clairement le rôle central joué par l’expansion extérieure dans la croissance économique du pays. Si l’on compare la société humaine à une machine de précision en fonctionnement, les forces qui la font avancer peuvent être classées en deux catégories : le pillage extérieur et les réformes intérieures. Le système de politique de l’argent actuellement en vigueur aux États-Unis détermine fondamentalement qu’il ne peut choisir que la première option : les groupes capitalistes contrôlent directement l’orientation des politiques par le biais de dons politiques ; ils ne soutiendront jamais de réformes systémiques venues de la base qui porteraient atteinte à leurs propres intérêts, mais ne feront que promouvoir des ajustements ponctuels permettant de libéraliser le capital.

Dès que l’expansion extérieure se heurte à une résistance farouche, les groupes capitalistes se tournent inévitablement vers l’expansion intérieure, ce qui revient, pour parler franchement, à s’éliminer mutuellement. Lorsque les démocrates arrivent au pouvoir, ils s’emparent des bastions républicains ; lorsque les républicains arrivent au pouvoir, ils s’attaquent à leur tour aux démocrates. Leur objectif principal est de garantir l’expansion constante de la sphère d’influence de leur propre camp.

Jeu de pouvoir : la lutte entre les nouveaux riches de la Silicon Valley et les vieilles fortunes de Wall Street

Le revirement politique opéré par Trump au cours de son second mandat a mis à nu la lutte pour le pouvoir entre les groupes capitalistes américains. Il a complètement renversé la position hostile aux cryptomonnaies qu’il avait adoptée lors de son premier mandat, signant successivement des décrets pour assouplir la réglementation sur les cryptomonnaies et l’IA, allant même jusqu’à autoriser les plans de retraite 401k à investir dans des actifs de capital-investissement à très faible liquidité et dont le cycle de sortie s’étend sur 3 à 5 ans. Derrière tout cela se cache la lutte pour le pouvoir entre les nouveaux riches de la Silicon Valley et les vieilles fortunes de Wall Street.

Trump souhaite s’appuyer sur la droite technologique représentée par Peter Thiel pour réprimer le capital traditionnel de Wall Street, tandis que les nouveaux riches de la Silicon Valley ont besoin de s’appuyer sur le pouvoir politique pour étendre leur marché ; les deux parties se sont donc entendues sans difficulté. En tant que contrôleur effectif du géant des cryptomonnaies Palantir, Peter Thiel a non seulement propulsé le vice-président Vance au pouvoir, mais son entreprise est également le principal fournisseur du projet « Golden Dome » de Trump et a fourni un soutien technique et renseignement crucial aux États-Unis et à Israël lors des récents conflits au Moyen-Orient. Lors du dîner technologique organisé à la Maison Blanche le 4 septembre, de nombreux PDG d’entreprises liées à Peter Thiel étaient présents. Le ministère de l’Efficacité gouvernementale, créé en janvier dernier, est également contrôlé par son groupe d’experts. La droite technologique a déjà profondément infiltré le système administratif américain.

La monarchie technologique : l’idéologie et l’objectif ultime de Peter Thiel

L’idéologie de Peter Thiel comporte en soi des contradictions intrinsèques : en tant que sceptique de la démocratie, il prône un retour de la société à l’état médiéval, visant à maintenir les gens ordinaires dans l’ignorance afin de réduire l’entropie sociale, allant même jusqu’à vanter ouvertement le système des castes en Inde ; mais en tant qu’accélérationniste technologique, il s’efforce désespérément de promouvoir le développement exponentiel de la technologie. Ces deux objectifs, qui semblent totalement contradictoires, ne peuvent s’harmoniser que dans le cadre d’une « monarchie technologique ». Leur forme finale est pratiquement identique à celle de la première civilisation terrestre décrite dans le roman de Liu Cixin, Nourrir l’humanité : tous les moyens de production et toutes les technologies sont détenus par une poignée d’oligarques, la propriété intellectuelle est protégée de manière absolue par l’IA et la robotique, le savoir devient une marchandise que seuls les riches peuvent s’offrir, et les gens ordinaires sont réduits à l’état de « prolétaires de l’information », formant ainsi une société de castes soutenue par la technologie.

Le monde idéal que Peter Thiel a en tête est la forme ultime de la propriété privée : une poignée d’oligarques technologiques contrôlent le monde de manière absolue, fixant les règles sociales à leur guise, comme s’ils écrivaient un roman, tandis que les gens ordinaires n’ont même pas la possibilité de se rebeller.

Le deuxième mandat de Trump : un tournant décisif

Le deuxième mandat de Trump marque un tournant décisif dans la trajectoire politique des États-Unis. Le fait d’avoir échappé à une tentative d’assassinat lui a conféré une aura de pouvoir divin. En théorie, il a effectivement l’occasion de renforcer le pouvoir du gouvernement grâce à son autorité personnelle, de freiner l’expansion excessive du capital, d’alléger la pression sur la dette américaine et d’améliorer la structure de répartition des richesses. Mais aujourd’hui, les données économiques américaines ont mis les contradictions sur le tapis : les chiffres de l’emploi se détériorent de plus en plus, l’indice de confiance des consommateurs de l’université du Michigan recule sans discontinuer, tandis que la Bourse continue d’atteindre de nouveaux sommets, ce qui montre clairement que la structure de répartition est gravement faussée.

Au vu de l’évolution réelle, il est fort probable que Trump ne sera qu’un simple mandataire des groupes capitalistes et qu’il ne mènera pas de véritables réformes. Sa politique penche entièrement vers la droite technologique, autorisant les fonds de pension à investir dans les cryptomonnaies et le capital-investissement ; il sert en substance de bouc émissaire aux groupes financiers, ce qui laisse une marge de manœuvre scandaleuse pour les transferts d’intérêts. Si les États-Unis ne parviennent pas à mener à bien leurs réformes internes, une fois que la dynamique d’expansion extérieure sera complètement épuisée, ils ne pourront que s’enliser dans le cercle vicieux des luttes factionnelles internes, et leur puissance nationale ne fera que s’affaiblir.

Les différences fondamentales entre les modèles de développement chinois et américain

La différence fondamentale entre les modèles de développement chinois et américain réside dans leur source de dynamisme : le modèle américain repose entièrement sur la croissance générée par l’expansion extérieure pour maintenir la répartition des richesses ; dès que cette expansion se heurte à des obstacles, il ne peut que se livrer à un jeu à somme nulle interne, ce qui le mènera inévitablement à une oligopole de type « monarchie technologique » ; le modèle chinois, quant à lui, met l’accent sur les réformes structurelles internes et vise une croissance endogène en ajustant constamment la structure de la répartition des richesses, en dynamisant le marché de la consommation intérieure et en renforçant la capacité d’innovation technologique, ce qui lui confère une résilience face aux cycles économiques et un potentiel de développement à long terme bien supérieurs.

La concurrence entre ces deux modèles est désormais entrée dans une phase décisive : les États-Unis cherchent à préserver leur position de monopole par le biais d’un blocus technologique et d’un encerclement géopolitique, tandis que la Chine propose au monde une nouvelle voie de développement en promouvant la coopération mondiale et en construisant une communauté de destin pour l’humanité. Pour savoir qui l’emportera, il faudra voir quel modèle parviendra le mieux à résoudre la contradiction entre le développement de la productivité et la structure de la répartition, et à offrir des opportunités de développement à un plus grand nombre de personnes.