Le plan Pennsylvanie : le cadre définitif de la restructuration de la dette américaine
Le plan Pennsylvanie est le cadre définitif de gestion de la dette mis en place par les États-Unis pour faire face au double déficit budgétaire et commercial. Il a été proposé à l’origine par des analystes de la Deutsche Bank et tire son nom de l’avenue Pennsylvania, où se trouve le Trésor américain. En clair, ce plan vise à rééquilibrer la structure des détenteurs de la dette américaine, à réduire la dépendance vis-à-vis des capitaux étrangers et à s’appuyer sur les capitaux nationaux pour mener à bien la restructuration de la dette.
Cette approche correspond parfaitement à ce que nous avons évoqué précédemment : « transformer la dette à long terme en dette à court terme, la dette extérieure en dette intérieure, lever des fonds grâce à la stabilité et rembourser la dette par la dévaluation ». Ici, le terme « stabilité » fait référence au rôle joué par les stablecoins. Si la Deutsche Bank a mis ce plan sur la table, c’est parce qu’elle estime que l’accord de Mar-a-Lago est voué à l’échec, Trump n’ayant tout simplement pas les moyens de contraindre les autres pays à acheter des obligations américaines à taux zéro. Dans la situation actuelle, où même les négociations sur les droits de douane n’aboutissent pas, il est difficile d’imaginer comment une restructuration mondiale de la dette pourrait être mise en place. Il est pratiquement impossible pour les États-Unis de compter sur des capitaux extérieurs pour refinancer leur dette.
Les États-Unis doivent emprunter la voie de la restructuration interne de la dette
Après l’adoption de la loi de Trump sur les réductions d’impôts, le déficit américain va encore s’aggraver, ce qui ne fera que renforcer la méfiance des pays étrangers à l’égard de la dette américaine. La voie de la restructuration de la dette extérieure étant pratiquement bloquée, les États-Unis n’ont d’autre choix que de procéder à une restructuration interne de leur dette.
Je suis de plus en plus convaincu que le cycle économique chinois devance celui des États-Unis. La restructuration interne de la dette que nous menons depuis quelques années pourrait bien inciter les États-Unis à nous imiter à l’avenir. Le premier pays, parmi la Chine et les États-Unis, qui parviendra à mener à bien la restructuration de la dette et la liquidation des actifs, sera le premier à s’engager sur la voie d’un développement sain. À l’heure actuelle, les États-Unis ont seulement défini l’orientation de la restructuration de la dette, mais le marché boursier, qui constitue le côté « actifs », n’a pas encore été liquidé : c’est là que réside le plus grand obstacle.
Les deux écueils incontournables de la restructuration de la dette américaine
Pour résoudre son problème d’endettement en s’appuyant sur des fonds nationaux, les États-Unis doivent détourner les capitaux du marché boursier et du marché des cryptomonnaies vers le marché obligataire, sans quoi le refinancement de la dette restera une utopie. Tant que le marché boursier américain ne sera pas assaini, les capitaux ne s’orienteront pas vers le marché obligataire, et la restructuration de la dette restera un rêve inaccessible.
Les difficultés de la restructuration de la dette sont totalement différentes entre la Chine et les États-Unis :
- Du côté chinois, le plus grand problème du refinancement de la dette est la fiscalité, tandis que la plus grande pression de la réforme de l’offre réside dans l’emploi. Le système de la TVA exige que les entreprises avancent les taxes avant même de vendre leurs produits ; c’est pourquoi le secteur manufacturier redoute particulièrement une baisse de la consommation. Que la consommation s’effondre au niveau national ou à l’étranger, les entreprises doivent supporter elles-mêmes ce coût fiscal. Seule une réforme de la fiscalité directe permettra de réduire véritablement la dépendance à la demande étrangère.
- Du côté américain, le plus grand obstacle à la réduction de la dette est le dollar, et le principal frein à la correction boursière est la consommation. Après tout, les États-Unis détiennent le pouvoir de frappe du dollar et peuvent, grâce à la circulation du dollar, « tondre » le monde entier. La réduction de la dette aurait inévitablement un impact considérable sur la rente de seigneuriage du dollar ; sans sacrifier une partie des privilèges liés au dollar, les déficits budgétaires et commerciaux ne pourront tout simplement pas être résorbés.
À la croisée des chemins de l’économie mondiale
Les deux grandes puissances que sont la Chine et les États-Unis se trouvent actuellement à un tournant crucial de leurs réformes structurelles : la Chine doit s’attaquer à la réforme fiscale, un os dur à ronger, tandis que les États-Unis doivent supporter le coût de l’affaiblissement de la hégémonie du dollar. Celui des deux qui parviendra à percer en premier dominera le paysage économique mondial de la prochaine décennie.