Explication des prémisses fondamentales
Bien que la probabilité que les États-Unis adoptent actuellement une politique de YCC soit élevée, aucun signal officiel clair n’a encore été émis. Le présent article se limite à analyser les impacts potentiels d’un point de vue macroéconomique. Si la Réserve fédérale américaine venait à mettre officiellement en place le YCC à l’avenir, il conviendrait de mener une analyse plus précise en tenant compte du moment précis de cette mise en œuvre — qui pourrait intervenir après le renouvellement de la Réserve fédérale ou lors d’une crise de liquidité des bons du Trésor américain.
I. La certitude d’une dépréciation à long terme du dollar américain
Si les États-Unis mettent en œuvre une politique de YCC, la dépréciation du dollar américain en sera le résultat inévitable. Deux aspects sont à prendre en compte :
- Structure de la dépréciation : l’ampleur de la dépréciation du dollar par rapport aux monnaies asiatiques sera nettement supérieure à celle observée face aux monnaies des pays développés telles que l’euro, le yen ou la livre sterling. Les économies américaine, européenne et japonaise sont actuellement confrontées à des problèmes de bulles similaires : bulles monétaires, obligataires, boursières et immobilières. Cependant, la bulle du dollar est plus importante, ce qui explique que la baisse globale de l’indice du dollar sera moins marquée que celle observée face aux monnaies asiatiques.
- Cycle de dépréciation : la politique de YCC (Contrôle des coûts de financement) entraînera une perte durable de la capacité des États-Unis à relever leurs taux d’intérêt. Le modèle économique américain traditionnel repose sur le principe « financer la production par l’endettement », c’est-à-dire sauver les actifs tels que les marchés boursiers et immobiliers par des baisses de taux et l’expansion du bilan ; or, la politique de YCC le poussera vers un modèle de « financement de la dette par la dette », où la dette publique américaine deviendra elle-même un problème, et où l’objectif premier de la création monétaire sera de protéger le marché des obligations d’État plutôt que de sauver les actifs.
Ce modèle est extrêmement sensible à la hausse des taux d’intérêt ; dès que ceux-ci augmenteront, le marché des bons du Trésor sera exposé à un risque d’effondrement. À l’instar des entités endettées dont les revenus ne suffisent pas à couvrir la dette, les États-Unis opteront inévitablement pour le refinancement à court terme à faible taux plutôt que pour un financement à long terme à taux élevé. Le pays se trouve actuellement dans cette situation. Une fois pris dans le cycle de « la dette alimentant la dette » induit par le YCC, les États-Unis ne pourront plus relever leurs taux d’intérêt pendant une longue période ; ils ne pourront tout au plus procéder qu’à des hausses de taux de courte durée, sans pouvoir maintenir un niveau de taux élevé.
II. Impact et risques pour la Chine
Perspectives d’amélioration de la liquidité
Dans le contexte d’une tendance à la dépréciation à long terme du dollar américain, l’environnement de liquidité en Chine s’améliorera considérablement. Le dollar ne connaîtra pas une baisse unilatérale continue ; il est plus probable qu’après une chute rapide à un moment donné (par exemple en 2026), il stagne à un niveau bas pendant une longue période, à l’instar de l’évolution historique du dollar canadien par rapport au yuan. Le taux de change dollar américain/yuan pourrait se stabiliser à long terme dans une fourchette oscillant autour de 6.
Prévention et contrôle des risques potentiels
Il existe un risque potentiel : si, après la mise en place du YCC par les États-Unis, de nombreuses entreprises chinoises imitent Evergrande en contractant d’énormes dettes en dollars, une hausse soudaine des taux d’intérêt américains à plus de 5 % à l’avenir, à l’instar de ce qu’avait fait Paul Volcker, pourrait avoir un impact sur la sécurité financière de la Chine. Toutefois, l’impact réel de ce risque serait bien moindre qu’aujourd’hui, car sous le régime du YCC, les États-Unis ne pourraient pas maintenir ces hausses de taux à long terme, même en cas de hausse à court terme. À l’instar d’un toxicomane qui perd sa capacité à pratiquer un sport de haut niveau, la marge de manœuvre et la durée des hausses de taux seraient fortement limitées.
Points clés à surveiller
Il convient de rester attentif aux signaux officiels de la Réserve fédérale. Une fois la politique YCC officiellement mise en place, il faudra alors procéder à une analyse plus approfondie de son impact et à l’étude de stratégies de réponse, en tenant compte des modalités d’application, du moment de son lancement et du contexte économique mondial.